Réunis à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, des dirigeants financiers africains ont remis au centre du débat une difficulté bien connue des entreprises : des besoins considérables coexistent avec des capitaux qui ne trouvent pas toujours les projets dans lesquels s’engager. Au Bullish Africa Summit, John Gachora, directeur général de NCBA Group, a chiffré à plus de 700 milliards de dollars par an la demande de financement non satisfaite dans les infrastructures, le climat, le commerce et les micro, petites et moyennes entreprises.
L’estimation, reprise dans une communication de NCBA publiée le 25 septembre, décrit un ensemble de besoins de natures différentes. Elle ne correspond ni à une dette à rembourser ni à un portefeuille de projets immédiatement disponibles pour les investisseurs. Son intérêt est de mesurer l’ampleur du problème ; sa limite est de réunir sous un même montant des activités qui ne se financent pas de la même manière.
Un besoin économique ne devient pas spontanément un actif dans lequel une banque peut prêter ou un fonds investir.
Avant d’engager des ressources, ces acteurs doivent comprendre qui porte le projet, quels revenus il produira, quelles dépenses seront nécessaires et qui supportera les aléas. Une infrastructure utile peut rester difficile à financer lorsque les conditions de son exploitation ou de son remboursement sont insuffisamment établies.
Le continent reçoit pourtant déjà des capitaux. Dans sa présentation, le dirigeant de NCBA cite environ 70 milliards de dollars d’investissements directs étrangers en 2025, ainsi que 5,1 milliards de levées de fonds de capital privé et 3,9 milliards de financement en capital-risque pour 506 opérations. Ces données, rapportées par le groupe bancaire, appartiennent à des catégories distinctes. Elles ne peuvent être additionnées ou directement soustraites à l’estimation des besoins pour calculer une somme qui manquerait encore.
Le constat déplace néanmoins la discussion vers les institutions qui organisent le financement. Les banques, les fonds et les plateformes d’investissement doivent rapprocher des épargnants qui recherchent un rendement et des entreprises dont les besoins s’expriment dans d’autres monnaies, pour d’autres durées et à des échelles parfois modestes. Cette fonction d’intermédiation exige autant de connaissance des activités que de capacité financière.
La préparation d’un projet devient alors déterminante. Des études techniques crédibles, des autorisations obtenues, un coût de construction documenté et des contrats cohérents permettent d’identifier les risques avant le décaissement. À l’inverse, une incertitude laissée sans réponse se retrouve généralement dans les garanties exigées, dans le taux demandé ou dans la décision de ne pas financer.
Le chiffre avancé à New York invite donc à examiner cette chaîne de préparation. Il ne permet pas de conclure que tout projet africain trouverait preneur dès lors qu’il serait mieux présenté. Certains besoins nécessitent des financements publics ou concessionnels ; d’autres peuvent relever de l’investissement commercial. La première étape consiste à savoir lesquels, et à construire pour chacun une proposition financière compatible avec son utilité et ses revenus.
Une centrale qui vend son électricité en monnaie locale mais rembourse ses emprunts en dollars porte un risque très concret : si sa monnaie se déprécie, sa charge de dette peut augmenter sans que ses recettes progressent dans les mêmes proportions. Le financement ne peut donc être apprécié uniquement à partir du taux affiché. La monnaie, la durée et les conditions de remboursement déterminent aussi sa compatibilité avec l’activité.
Les garanties répondent à une partie de cette difficulté. Elles peuvent couvrir un risque précis, faciliter l’intervention d’un prêteur ou répartir certaines pertes entre plusieurs acteurs. Elles ne suppriment toutefois ni les obligations de l’emprunteur ni le coût d’un projet mal conçu. Lorsqu’une garantie publique est mobilisée, elle crée également un engagement qui doit être identifié et suivi.
Dans le même esprit, associer des ressources de développement à des capitaux commerciaux peut rendre possible un investissement dont les premières années sont particulièrement risquées. L’enjeu consiste à justifier l’intervention publique, à définir ce qu’elle finance et à éviter qu’elle ne couvre durablement une activité incapable de fonctionner sans soutien. La qualité du montage se mesure à cette transparence autant qu’au volume des fonds réunis.
Pour une petite entreprise, les obstacles prennent souvent une autre forme. Un investissement peut être rentable mais trop limité pour intéresser un grand fonds. Son examen demande pourtant du temps : analyser les comptes, comprendre le marché, évaluer le dirigeant et suivre l’usage des sommes prêtées. Rapporté au montant recherché, ce travail peut devenir coûteux. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’existence d’une épargne abondante ne garantit pas l’accès au crédit de tous les producteurs.
Des intermédiaires qui connaissent les entreprises peuvent réduire cet écart. Leur rôle est d’éclairer les décisions, de proposer des instruments adaptés et de suivre l’activité après le versement initial. Un financement d’équipement, une avance sur commandes et une prise de participation répondent à des besoins différents.
La mobilisation de l’épargne africaine doit, elle aussi, tenir compte de ces contraintes. Les ressources d’une compagnie d’assurance ou d’un fonds de pension servent à honorer des engagements envers ses clients. Leur orientation vers des infrastructures exige une durée, une liquidité et un risque compatibles avec ces obligations. L’attachement au développement du continent ne peut tenir lieu d’évaluation financière ni autoriser l’exposition incontrôlée de l’épargne.
Des informations fiables, des règles applicables et des possibilités de sortie permettent à davantage d’investisseurs de se positionner. À l’inverse, l’incertitude sur les droits de propriété, les paiements ou le règlement des différends peut immobiliser les capitaux, malgré des perspectives commerciales favorables.
La puissance publique intervient tout au long de cette construction. Elle prépare certains projets, organise les services collectifs et fixe des règles dont la prévisibilité entre dans les calculs des investisseurs. Mais elle doit aussi choisir : une ressource budgétaire mobilisée pour garantir une opération n’est plus disponible pour une autre. Le coût des soutiens mérite donc d’être rapproché des résultats qu’ils permettent d’obtenir.
Après le financement commence enfin l’exécution. Un calendrier crédible doit pouvoir être confronté aux travaux ; les décaissements doivent correspondre aux besoins et aux étapes prévues. La transparence sur l’avancement protège la relation entre le porteur du projet et ses financeurs. Elle permet aussi de traiter une difficulté assez tôt, avant qu’un retard ne se transforme en dépassement de coût ou en rupture de trésorerie.
La discussion ouverte à New York trouve ici sa traduction opérationnelle. Réduire les besoins non satisfaits demande de financer davantage de projets et de mieux préparer leur réalisation. Le progrès se mesurera aux entreprises qui investissent, aux services qui fonctionnent et aux engagements tenus. C’est ce parcours qui transforme le capital en capacité productive.
Sources et repères de lecture
Article issu du dossier publié dans STEAZ DAILY NEWS du 28 septembre 2026, pages 2–3. Les informations sont présentées à la date de cette édition.
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