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Grand Nord : 465 milliards FCFA de routes à l’épreuve des travaux

L’attribution des marchés ouvre une nouvelle exigence : suivre les ouvrages livrés, leur qualité et leur usage.

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Les entreprises chinoises concentrent près de 306 milliards FCFA sur un portefeuille d’environ 465 milliards de grands travaux routiers recensés dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord. Selon un document du ministère des Travaux publics cité par Investir au Cameroun, elles exécutent dix des seize marchés concernés. Les 66 % correspondent à la valeur des contrats, et non à leur nombre.

Les programmes couvrent notamment les axes Ngaoundéré–Garoua, Maroua–Bogo–Pouss, Maroua–Moutourwa, Magada–Yagoua et Mora–Kousseri. Ils associent des financements de partenaires de développement et des contreparties camerounaises. Ces routes doivent améliorer la circulation dans le septentrion ; leur utilité dépendra de la réalisa- tion des ouvrages et de la continuité des liaisons.

L’état d’avancement rapporté appelle cependant l’attention. Sur Ngaoundéré–Garoua, les cinq lots confiés à des entreprises chinoises resteraient sous 5 % d’exécution après dix mois. Sur Magada–Yagoua, les niveaux cités se situeraient entre 14 % et 19 %, avec plus de 80 % des délais contractuels consommés. Ces données proviennent de l’état des lieux relayé par la presse ; elles ne constituent pas un constat de terrain réalisé par STEAZ.

Sur un lot de Mora–Kousseri, Zhonglin International Construction aurait par ailleurs été mis en demeure le 2 septembre pour insuffisance du personnel d’encadrement. Ces éléments doivent conduire à examiner les obligations contractuelles, les moyens mobilisés et les réponses apportées aux difficultés. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer toutes les causes des retards aux mêmes facteurs.

Une évaluation sérieuse distingue en effet la mobilisation de l’entreprise, la disponibilité des financements, les contraintes techniques et les conditions d’accès au chantier. Le temps contractuel consommé et le pourcentage d’exécution physique ne progressent pas nécessairement de manière parfaitement linéaire. Un écart important exige néanmoins des explications documentées et un calendrier de rattrapage crédible.

La nationalité du prestataire ne remplace pas cette mesure. Le maître d’ouvrage doit pouvoir apprécier la qualité des travaux, leur conformité et leur avancement pour chaque titulaire. La concentration des marchés peut accroître l’importance de ce suivi, mais elle ne suffit pas à démontrer une défaillance collective ni à établir la performance d’un chantier particulier.

Un autre enjeu se situe dans les capacités que le Cameroun conservera au terme de ces programmes. Construire une route mobilise de l’ingénierie, des matériaux, des laboratoires, des équipements, de la maintenance et de la logistique. Une partie de cette activité peut faire progresser les entreprises nationales, à condition que leur participation dépasse l’exécution ponctuelle de tâches peu qualifiées.

Le contenu local se mesure donc aussi à la complexité des travaux confiés, à la formation des équipes et à la solidité des relations de sous-traitance. Un fournisseur qui améliore ses procédés ou un bureau d’études qui acquiert de nouvelles références augmente sa capacité à répondre aux prochains marchés. Ces résultats demandent un suivi distinct de celui des kilomètres réalisés.

Les obstacles à l’accès aux grands contrats restent concrets : garanties, trésorerie, équipements lourds et expérience technique. Une politique qui souhaite renforcer les entreprises camerounaises doit travailler sur ces conditions, sans abaisser les exigences de qualité. La dépense publique peut contribuer à structurer un tissu productif si les compétences acquises deviennent réutilisables au-delà du chantier.

Les 465 milliards FCFA doivent ainsi être appréciés à deux horizons. À court terme, les ouvrages financés doivent avancer et être livrés dans des conditions satisfaisantes. À plus long terme, leur réalisation doit laisser des entreprises et des équipes mieux préparées. Le bilan économique du programme dépendra à la fois de la route mise en service et de la capacité de construction qu’il aura permis de développer.

Sources et repères de lecture

  • Investir au Cameroun, état des lieux relayé le 27 septembre 2026

Article issu du dossier publié dans STEAZ DAILY NEWS du 28 septembre 2026, page 7. Les informations sont présentées à la date de cette édition.

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